En plein cœur de ce qu’on appelle aujourd’hui la haute ville d’Antananarivo, correspondant à l’ancienne cité, le rova dresse sa forteresse.

Son accès est officiellement interdit au public depuis 1996, année de sa destruction.

LES POUVOIRS SUCCESSIFS

La grande histoire de Madagascar s’est inscrite au sommet de la colline d’Antananarivo, la ville des mille, succédant à la colline sacrée d’Ambohimanjaka, aujourd’hui patrimoine mondial de l’Unesco.

Ici la ville a trouvé son inscription jusqu’à investir la plaine du Betsimitatatra, viabilisée par les grands travaux dirigés par Andrianampoinimerina.

C’est historiquement un lieu d’architecture : le lieu des prouesses et des complémentarités techniques tout au long de la colonisation.

La pierre qui était un matériau réservé aux morts fut utilisé pour la première fois dans la construction comme revêtement du palais en bois construit ultérieurement par le français Jean Laborde, il réalisait alors une prouesse architecturale par la grande hauteur de son bâtiment (la ligne faîtière haut, le « andry », élément symbolique fort, présent déjà dans la case traditionnel en bois.)

Cette enceinte en pierre reste le produit de rivalités politiques entre les colonisateurs français et anglais.

Ce ne sont pas les ornements qui décorent sa façade qui provoquent cette fascination du lieu, mais bien la ruine, le vide colossal. Ce qu’on regarde réside dans l’ambiguïté profonde qui réside entre la signification, l’histoire de ce lieu, et la beauté intrigante que lui confère sa position dans le paysage : dans son dénuement elle se mesure à l’infini de l’horizon, elle existe tout en ayant perdu son sens, sa fonction initiale. Elle coexiste avec les sépultures au nord-ouest, et trouve une légitimité plus forte dans son deuil, de par la proximité avec les autres éléments revêtus d’éternité qui composent le Rova.

LE PROJET

Que peut signifier un tel lieu aujourd’hui, symbole chargé des lourdeurs du passé : acropole et nécropole. Travailler Sur le Palais de la Reine revient à s’interroger sur la question du patrimoine dans un Pays marqué par la colonisation et des conjonctures politiques houleuses.

Quelle réponse ? Le lieu est. Peut il être autre ? Le passé n’est pas un miroir : les traditions ont pré-existés : elles se fondent avec le quotidien et perdurent.

Il y a aussi cette question de la dualité : du proche au lointain, le territoire et l’intime, la grande histoire et la vulgarité avec laquelle les choses se sont dérobées à nos yeux.

Je crois que ce lieu ne peut être rendu plus beau : ce qui est important c’est la conscience qui nous en reste : en rendant l’invisible palpable, on en vient à l’essentiel dans une reconstitution mentale et donc parfaitement intime. Le décalage recherché « entre ce qu’on peut voir et ce qui est de l’ordre de l’expérience (par les sens), c’est ce qui fait exister. »*  

Le vide du palais offre une expérience spatiale unique, déjà de par l’absence qu’il accuse, celle du palais en bois qui l’habitait, et ensuite, de par la tension née de l’effet hors d’échelle, des murs mis à nus, fragilité contrastant avec l’épaisseur de la pierre : renforçant l’atmosphère surréaliste suggéré par les arcades, autant de fenêtres sur l’horizon, et sur l’éternité.

Comment conjuguer le mythe du lieu avec sa réalité concrète : dépouillé des éléments auxquels nous étions habitués, le Rova nous offre une nouvelle lecture : celle du rapport privilégié qu’il entretien avec le territoire, et de la possibilité, aujourd’hui d’en faire un lieu qui puisse influer et évoluer dans-avec le temps.

La réponse proposée tient compte de l’impossibilité pour le gouvernement malgache de poursuivre de façon autonome la réhabilitation du site. Le fait d’appartenir, ou pas à la liste du patrimoine mondial de l’Unesco ne change rien à l’importance du lieu dans le conscient collectif.

Quels en-sont les limites, en termes de seuil, et de franchissement.

Le temps de la découverte détermine la perception du lieu.

S’il est vrai que les sacrifices et autres rituels ne sont plus pratiqués sur cette colline sacrée, il reste que le monument, ou le musée, ne sont pas des éléments ancrés dans la culture locale : les liens avec les morts existent au quotidien.

Le projet veut s’inscrire dans un contexte politique : le site doit échapper à sa monumentalité ainsi qu’à une approche patrimoniale au sens strict pour pouvoir être approprié :

L’évidence du site ( imposé au paysage nous pousse à en donner une lecture plus furtive : aborder le bâtiment par l’arrière, comme le surprendre, permettre une progression dans le sens de la découverte, et de la quête, multiplier les possibilités de s’en inventer une pratique, avec toujours en considération le respect et la mesure : le lieu s’approprie car il est appréhendé dans une démarche individuelle et partagée… dans un processus qui déclencherait à la foi chez l’individu isolé et chez une collectivité nombreuse un élan identique.

Dans un dialogue entretenu avec le paysage.

Les interventions se lisent à des échelles différentes : une séquence d’approche sur le rova, l’attente d’un bus, un chemin emprunté pour puiser l’eau, une ballade qui longe la forteresse : autant d’expériences, traités au détail, sans hiérarchie : l’élément commun étant l’occupation effective des lieux et la proximité.

L’approche du lieu vient se prolonger dans l’enceinte du rova dans une déambulation libre, hors de la toile de la ville : le vide-absence fédérateur, est le « andry » négatif, et en même temps une chambre de réflexion en dialogue avec le ciel, un lieu où « s’éprouve individuellement les destins partagés ».

Il y a également cette volonté d’affirmer que le patrimoine doit pouvoir intégrer un vécu au jour le jour :

Il est question ici alors de la notion d’appropriation. Travailler sur les alentours du rova consistait d’une part à asseoir le site dans son environnement immédiat : le lieu existe au quotidien et s’ancre dans une réalité de pratique : les chemins de ronde sont utilisés tous les jours par les écoliers ainsi que les riverains.

Eux même en sont les gardiens : gardiens du monument de par leur proximité immédiate : de tous temps les demeures des morts ont été surveillées par les vivants.

La réhabilitation du site passe donc par une amélioration au quotidien : l’espace public permet de nouer ce dialogue.

Le dessin précis se fait alors dans le sens de l’usage : cheminement, sources d’eau potable, jonctions sur les voies principales, et ce tout en prenant en compte le paysage : ménager la découverte, sentir la présence du rova, le rapport à la pente.

Le traitement des abords et des routes qui y mènent esquissent des scénarios d’approche, à des échelles de lecture différentes. Ces aménagement travaillent à la mise en relation du site avec son paysage : jouer avec les différences d’échelles du proche au lointain : l’intimité des venelles étroites débouchant sur l’immensité du paysage dominé, les contrastes de la perspective monumentale avec les cheminements sinueux,…

Les interventions correspondent à des volontés de transitions, de pauses, d’arrêts, de respiration, esquivant la règle de la ligne droite, ils font appel aussi à des dispositifs menant à un développement dans le temps par l’usage : l’analyse des lieux de convivialité dans ce qu’on appelle communément les « espaces publics ». Un terme qui mérite précisions si on veux tenir compte des modes de vie locaux.

Important : la possibilité pour chacun de voir ( =/ regarder) le lieu, de l’éprouver de façon personnelle, de le vivre comme une expérience intime. Ce qui est de l’ordre de l’identité et qui reste hermétique à ceux qui ne vivent pas la culture se range dans le mystère : une manière de vivre et de rendre palpable quelque chose qui est alors partagé car ressenti communément.

DE LA REHABILITATION DU ROVA

DE LA SACRALITE DU LIEU

Diplôme de fin d’étude. Extrait.

*(ref. Le sacrifice. A. Tarkovsky)

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